Le triangle de Karpman : pourquoi nous jouons les rôles de victime, sauveur ou bourreau … et comment en sortir

Avez-vous déjà remarqué que certaines situations semblent se répéter dans votre vie ?

Vous vous sentez constamment responsable du bien-être des autres. Vous avez l'impression de toujours tomber sur des personnes qui profitent de votre gentillesse. Ou peut-être vous retrouvez-vous régulièrement dans des conflits où vous finissez par exploser après avoir longtemps gardé le silence.

Derrière ces schémas relationnels se cache parfois un mécanisme psychologique très connu : le triangle dramatique de Karpman.

Comprendre ce fonctionnement permet de prendre du recul sur nos comportements, de sortir de relations épuisantes et de construire des liens plus équilibrés avec les autres… et avec soi-même.

Qu'est-ce que le triangle de Karpman ?

Développé dans les années 1960 par le psychiatre Stephen Karpman, ce modèle décrit trois rôles que nous pouvons adopter inconsciemment dans nos relations :

La victime

La victime se sent impuissante face aux événements. Elle a tendance à penser que les solutions viennent de l'extérieur et qu'elle subit davantage qu'elle ne choisit.

Elle peut ressentir de la frustration, de l'injustice ou de l'incompréhension.

Son discours intérieur ressemble souvent à :

« Pourquoi cela m'arrive-t-il à moi ? »

« Je n'y arriverai jamais. »

« Personne ne me comprend. »

Le sauveur

Le sauveur veut aider, conseiller, protéger ou réparer.

À première vue, ce rôle paraît positif. Pourtant, il cache souvent une difficulté à respecter les limites de chacun.

Le sauveur intervient parfois sans qu'on lui demande réellement son aide. Il prend en charge les problèmes des autres, parfois au détriment de ses propres besoins.

Son discours intérieur pourrait être :

« Si je ne le fais pas, personne ne le fera. »

« Je dois aider. »

« Les autres ont besoin de moi. »

Le bourreau

Le bourreau critique, contrôle, accuse ou impose.

Derrière cette posture se cache souvent une peur profonde de perdre le contrôle, d'être blessé ou de ne pas être entendu.

Son discours intérieur peut être :

« Les autres ne font jamais ce qu'il faut. »

« Je dois garder le contrôle. »

« C'est de leur faute. »

Le piège : nous changeons constamment de rôle

L'une des caractéristiques les plus importantes du triangle est que personne ne reste dans un seul rôle.

Une personne qui commence en sauveur peut rapidement devenir victime lorsqu'elle se sent épuisée ou non reconnue.

Puis, dans sa frustration, elle peut se transformer en bourreau et reprocher aux autres de ne pas être assez reconnaissants.

Par exemple :

Une amie vous appelle pour parler de ses difficultés. Vous passez des heures à l'écouter et à chercher des solutions.

Elle ne suit aucun de vos conseils. Vous vous sentez utilisée. Vous devenez victime.

Puis vous vous énervez : « Tu ne fais jamais rien pour t'en sortir ! » Vous devenez bourreau.

Le triangle continue de tourner.

Pourquoi entrons-nous dans ce jeu psychologique ?

Ces comportements ne naissent pas par hasard.

Ils sont souvent le résultat d'apprentissages anciens, parfois construits dès l'enfance.

Nous développons certaines stratégies pour répondre à des besoins fondamentaux :

Être aimé. Être reconnu. Être en sécurité. Éviter le rejet. Éviter l'abandon.

Un enfant qui a appris qu'il devait prendre soin des autres pour recevoir de l'attention pourra devenir un adulte sauveur.

Un enfant qui a souvent été critiqué pourra développer une posture de victime ou, à l'inverse, de contrôle excessif.

Ces mécanismes étaient souvent des réponses adaptées à une situation passée.

Le problème apparaît lorsqu'ils continuent à diriger nos relations à l'âge adulte.

Comment sortir du triangle ?

La première étape consiste à développer sa conscience de soi.

Lorsque vous vivez une situation difficile, posez-vous quelques questions :

Suis-je en train de prendre en charge quelque chose qui ne m'appartient pas ?

Est-ce que je me considère impuissant alors que j'ai peut-être une marge d'action ?

Suis-je en train de chercher un responsable plutôt qu'une solution ?

Cette simple observation permet déjà de sortir du pilotage automatique.

Reprendre sa responsabilité personnelle

Sortir du rôle de victime ne signifie pas nier ses souffrances.

Cela signifie reconnaître que, même si nous ne contrôlons pas tout, nous avons toujours une capacité de choix et d'action.

La question passe alors de : « Pourquoi cela m'arrive-t-il ? » à : « Que puis-je faire maintenant ? »

Apprendre à ne plus sauver

Aider est une belle qualité mais aider n'est pas porter.

Aider n'est pas décider à la place de l'autre. Aider n'est pas résoudre les problèmes des autres pour qu'ils nous aiment ou aient besoin de nous.

Parfois, la plus grande aide consiste à faire confiance à l'autre et à le laisser développer ses propres ressources.

Remplacer le contrôle par la communication

Lorsque nous quittons le rôle de bourreau, nous apprenons à exprimer nos besoins sans accusation.

Au lieu de critiquer ou de juger, nous pouvons dire :

« Je me sens dépassé dans cette situation. »

« J'ai besoin que nous trouvions une solution ensemble. »

La responsabilité remplace alors le reproche.

Le rôle essentiel de l'amour de soi

Au cœur du triangle se trouvent souvent des blessures de valeur personnelle.

Le sauveur cherche parfois à se sentir utile.

La victime cherche parfois à se sentir reconnue.

Le bourreau cherche parfois à se sentir en sécurité.

Plus nous développons une relation saine avec nous-mêmes, moins nous avons besoin de jouer ces rôles pour exister dans la relation.

L'amour de soi consiste à reconnaître sa valeur indépendamment de ce que l'on fait pour les autres.

C'est apprendre à se respecter, à écouter ses besoins, à poser des limites et à accepter que chacun soit responsable de son propre chemin.

Lorsque cette sécurité intérieure grandit, les relations deviennent plus simples.

Nous n'avons plus besoin de sauver, de nous sacrifier, de contrôler.

Nous pouvons simplement être en lien avec l'autre, dans le respect mutuel et la responsabilité partagée.

Car la véritable liberté relationnelle commence souvent lorsque nous quittons les rôles que nous avons appris à jouer pour revenir à qui nous sommes réellement.

Sabine Jourdois

Accompagnement professionnel

Bilan de compétences et coaching professionnel et personnel.

https://www.sabinejourdois.com
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